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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


   Le Poète, et la langue française. (L'Étrave n° 253)

J’ai oublié d’être intelligent ! Car l’intelligence, nous sommes bien d’accord, consiste, entre autres facultés, dans cette capacité de chacun à s’adapter aux situations nouvelles. Or, s’il est un domaine où les nouveautés ne cessent de fleurir, l’une chassant l’autre, c’est bien celui de notre langue française. Je suis incurablement inadapté …

Je ne veux pas parler ici des néologismes divers et autres anglicismes qui apparaissent au fil du temps et que l’on condamne peut-être un peu trop à l’étourdie. C’est là un phénomène normal et souhaitable : une langue qui n’enrichirait pas son lexique serait une langue promise à la mort. Une autre ne tarderait pas à la remplacer. Voyez toutes ces langues anciennes qui ont fait le bonheur de nos humanités ! Demandez-moi de vous traduire en latin ou en grec des mots de notre français moderne comme téléviseur, aspirateur, ordinateur ou tant d’autres.

Je ne me révolte pas non plus contre l’intrusion – je n’ai pas dit l’invasion - de notre langue par l’anglo-américain. Je n’accepte pas que pour « courrier électronique », on adopte le néologisme anglais, « e-mail », quand nous avons à notre disposition ce néologisme bien français inventé par nos amis québécois : « courriel ». Plus largement, je désapprouve l’usage d’un mot anglais quand le mot existe déjà en français pour dire la même chose. Mais pour ce qui est de l’emprunt lexical chez le voisin, nos amis les anglais ne sont pas les derniers : tous les mots se terminant par « ion » chez nous : constitution, navigation,… absolument tous, se retrouvent outre-Manche dans leur orthographe intégrale. Seule la prononciation les anglicise, chacun sachant bien qu’en anglais, élastique se prononce caoutchouc !...

Mon incapacité est ailleurs. Elle remonte à des lustres. Tout a commencé quand je ne sais quelle crâne d’oeuf s’est avisé de proposer une simplification toute bête : la suppression des accents circonflexes. C’est vrai enfin ! Quel besoin avions nous de faire la fête avec un chapeau, d’ajouter des clôchers aux églises qui n’en manquaient pas ou de bien couvrir le pâté comme si la croute ne suffisait pas … Je n’ai jamais pu me défaire de cette sale habitude »

Et puis, un malheur n’arrivant jamais seul, les mêmes génies modernes de notre langue ont poussé plus loin le bouchon : il faudrait désormais féminiser les noms de fonctions restés au masculin, archaïsme des plus offensant pour nos consoeurs, Il existait bien poétesse, mais la sonorité déplaisante nous incitait à garder le beau titre de poète. C’est ainsi que nos auteurs féminins sont devenus des « auteures ». Pourquoi pas « auteresse » comme docteresse, ou « autrice » comme auditrice ? … on m’a dit que l’Académie française avait ratifié cette réforme, j’ai donc voulu suivre et j’ai derechef interdit à ma fille d’embrasser la profession de sapeuse-pompière, à mon fils militaire de se laisser nommer sentinelle ( soyons justes !) et j’ai revu mon pèlerinage à Compostelle où j’avais rencontré, c’est banal, de nombreux pèlerins et, sans le savoir, de nombreuses pèlerines ! J’ai renoncé après avoir appelé mon avocate Chère Maîtresse, ce qui m’a valu une volée de bois vert de mon épouse sourcilleuse, sur ce point comme sur ma consommation de tabac…

Le pire n’était pas encore arrivé ! Voilà qu’on nous propose aujourd’hui l’écriture inclusive. !... Au motif qu’il faut veiller à la parité, on nous propose d’en finir avec cette vieille règle à papa selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin. Ainsi on n’écrira plus : j’ai passé le week-end chez mes excellents amis pierre et paulette professeurs de collège

Mais on écrira : j’ai passé le week-end chez mes excellent-e-s ami-e-s paulette et pierre professeur-e-s de collège. On le notera au passage : si le masculin ne l’emporte plus sur le féminin, le féminin reste encore derrière … va falloir une nouvelle réforme !

Excusez-moi, cher-e-s ami-e-s auteur-e-s, et … poètes, plutôt que participer au massacre de notre belle langue, je préfère rester idiot.

                                                                                                                                                               V.H.

   Requiem pour l'orthographe

Petit chapeau chinois qui coiffe l’u et l’i

Tu n’habiteras plus notre littérature
Des simplificateurs de la belle écriture
T’ont jugé superflu : tu vas être aboli. 

Ainsi vas-tu mourir, pauvre accent circonflexe
Que l’écolier moyen oubliait trop souvent
De soi-disant experts veulent conséquemment
Que notre langue soit désormais moins complexe.

Mais pourquoi l’a, l’o, l’e ne t’ont-ils pas perdu ?
Est-ce un simple sursis avant que sur eux tombe
Le couperet fatal et qu’avec eux succombe
Telle lettre d’un mot d’ancien grec descendu ?

C’est la tradition de l’écrit qu’on dégrafe,
Comme on défait déjà nos valeurs, nos devoirs.
Le Français n’aura plus de règles à savoir
Car s’en sera fini des fautes d’orthographe !

                                 Jean-Marie Ladsous



La bêtise inclusive

Il faut tuer dans l'œuf l'écriture inclusive
Qui féminiserait avec des points médians
Les pauvres masculins surpris par l'offensive,
Condamnés pour sexisme et traités en tyrans. 

Et l'on mutilerait notre pauvre orthographe,
Supprimant lettre, accent que l'on déclare en trop ?
Pour moi je me refuse à graver l’épitaphe
Ci-gît ma pauvre langue étranglée au garrot.

Laisserons-nous sombrer dans la caricature
Ce français menacé que tous nos écoliers
Maîtrisaient autrefois sans crier dictature,
Groupés en studieux et sages ateliers ?

On leur offrait parfois quelque joli poème
Qu'ils garderaient toujours en vivant souvenir,
Une façon de dire au langage je t’aime !
Âme de mon pays, tu ne peux pas mourir.

                           Marie-Claire Melchior

 

 

 





 



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