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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


   La double fonction du Poète

 

Si l'on s'intéresse à l'histoire de la poésie française, on ne manque pas de constater que dans toutes les périodes sombres de notre société, la voix d'un poète s'est levée pour sauvegarder les valeurs qui gardent à l'homme toute sa dimension. Depuis Ronsard qui appelle à la tolérance quand le fanatisme se déchaîne en pleine guerre de religion, jusqu'aux poètes de la Résistance face au déferlement des hordes nazies, en passant par notre illustre Victor Hugo qui fut de tous les combats quand il s'agissait de défendre nos valeurs humanistes. 
Et ce qui est vrai en France, se retrouve partout dans le monde à diverses périodes mais toujours lorsque l'humanité était en danger dans ses aspirations les plus profondes : Machado, Pesao, Darwich, Neruda, Césaire… La voix de tous ces poètes a sauvé la véritable dimension de l'homme qui était en perdition. J'ai pris-là des cas extrêmes du poète dans la tourmente. Mais en période de paix (je devrais plutôt dire en période d'entre-deux guerres !) le poète assume tout autant sa fonction : une double fonction.

Une fonction spirituelle : Le chant du poète, quel qu'en soit le thème : la nature, l'Amour, la Femme, l'Enfant, la vie, la mort, ... est avant tout une élévation de l'esprit vers les Hauts Lieux. Qu'il soit ou non croyant, là n'est pas le problème, le lecteur est pris consciemment ou à son insu, dans la spirale de la pensée du poète. Le chant du poète est un appel à la spiritualité et nous dirons du poète qu'il est un « éveilleur d'âmes », sa première fonction.

Le poète assume également une fonction sociale : il jette autour de lui un regard particulièrement attentif aux misères du monde, il dénonce les injustices, les égoïsmes. Les thèmes, hélas, ne manquent pas ! Sans violence verbale mais au contraire avec amour, le poète en appelle à plus d'humanisme dans une société qui dérive dangereusement et s'éloigne de nos valeurs. On peut alors dire du poète qu'il est « veilleur au créneau », sa seconde fonction.

Ainsi, c'est selon ces deux axes, l'un que l'on pourrait dire vertical, l'autre horizontal, que le poète, inlassablement, œuvre au bien-être de l'humanité. Sa voix n'est pas toujours immédiatement entendue, moins encore écoutée. Elle peut sembler se perdre dans les turpitudes du moment ; Dans ces périodes où les humanoïdes que nous sommes, bien descendus du singe mais mal remontés de l'homme, s'engluent au contraire chaque jour davantage dans les énergies de matière qui l'assaillent et l'agressent, on peut désespérer de la voix du poète que nul n'entend.

Mais cette voix a quelque chose d'universel et d'éternel. Viendront les temps où l'homme, déçu par les politiques autant que par les religions, finira par reconnaître dans le vacarme et la cohue, la voix qui aura su lui montrer le chemin. Et cette voix s'avère toujours être celle d'un poète. Qu’il en soit ainsi pour les temps qui viennent. 

Oui, c’est bien le vœu que je formule en ce début d’année. J’éprouverais, et je sais que vous éprouveriez vous aussi, chers amis, un profond sentiment de déshonneur, si, à la suite des temps de misère extrême que nous traversons, on ne pouvait pas dire un jour, dans un an ou dans cent ans, qu’il y ait eu contre toutes les violences, contre tous les fanatismes, la voix des poètes pour garder son honneur à l’humanité.
                                                                                                                                     Vital Heurtebize

              

           À chacun sa place  

Il était une fois un pays de souffrance
où quelques-uns vivaient, nantis, repus, contents,
montrant pour la misère une crasse ignorance,
plus inquiets de la Bourse ou simplement du temps...

Comme un couple après dix, vingt, cinquante ou cent ans,
ils côtoyaient le monde avec indifférence
et parlaient de la faim avec leur cure-dents...
Ce pays de cocagne avait un nom : la France !

On vit soudain fleurir, spectacle peu banal,
des igloos d’S.D.F. aux abords du canal :
voilà que le misère osait montrer sa face !

Le scandale fut grand. Alors Monsieur Dupont
de s’écrier: « Que voulez-vous que l’on y fasse !... »
on y fit ! ... on remit tous ces gens à leur place :
                     sous le pont.


La question

Si j’ai, bon gré mal gré, ralenti ma démarche,
Bien que ma barbe soit blanche, depuis longtemps,
si je suis là, sans trop savoir ce que j’attends,
ce n’est pas pour me faire un air de patriarche !

Me voici parvenu sur la dernière marche ...
Oubliés les honneurs dont on rêve à vingt ans !
C’est toujours à l’envers qu’on remonte le temps :
mieux vaut, du haut du pont, voir couler l’eau sous l’arche...

J’accepte que l’enfer soit mon seul avenir !
Lorsque l’heure viendra, je ne vais pas gémir
ni mendier un jour de plus comme un prébende :

humble, je resterai cet homme faible et nu
qui se retourne sur le seuil et se demande :
« si Dieu n’existe pas, où donc l’ai-je connu ? »

                                                              VH

 

 

 





 



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