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Lettre à nos amis

                                                     
Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize 

« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité.
Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.

Le Poète, l'existence et la vie.
 

Notre existence a-t-elle un sens ? C’est la question que chacun d’entre nous peut être amené à se poser au soir d’une journée difficile, quand on a le sentiment de l’inutilité de nos efforts et de la vanité de nos espérances, lorsque le doute nous prend et que nous ne savons plus répondre autrement, dans un puissant éclair de doute, que par un « à quoi bon ! » Le doute, ce grand tueur !
Nous, poètes, qui sommes tournés essentiellement vers l’avenir, nous qui, à force de volonté par l’écriture, nous arrachons au champ restreint, étouffant, mortifère, de l’existence pour entrer, le temps d’un poème, dans les vastes étendues de la vie, nous savons bien que rien de ce qui constitue notre quotidien ne peut être vain, rien de ce que nous tentons de construire n’est inutile.

L’existence, c’est cette période où nous sommes appelés à vaincre les obstacles qui nous sont imposés, c’est cette parenthèse qui s’ouvre avec la naissance et se ferme avec la mort, au cours de laquelle nous devons affronter mille difficultés, surmonter de multiples épreuves de la plus ordinaire à la plus douloureuse.
L’existence,
c’est ce temps jalonné de petites morts dont il faut que nous sortions chaque fois un peu plus grands, un peu plus forts. 
Il le faut ! sans quoi, nous nous laisserions engluer dans les méandres boueux que la matière déroule généreusement sous nos pas, tout au long de l’existence.

L’existence c’est ce temps où il nous est donné l’occasion de nous grandir en esprit.  Ainsi, nous ne devons pas douter, nous demander « à quoi bon ? » : tous nos efforts, même ceux qui sont suivis d’échecs, pour dominer les épreuves et rester maîtres de nous-mêmes, sont autant de degrés gravis sur l’échelle de Jacob.
Certains traversent l’existence sans jamais rencontrer d’épreuves sur leur chemin : ils auront accompli cette traversée sans grand profit spirituel. D’autres se trouveront face à des épreuves qu’ils ne feront que subir en gémissant sur le sort injuste qui s’acharne sur eux : leurs souffrances resteront, hélas, inutiles. Les uns et les autres sont à plaindre.
Mais il y a ceux qui, certainement plus nombreux qu’on croit, accueillent les misères de l’existence comme un bienfait : ils les prennent à bras le corps, les maîtrisent et les dépassent. Ils franchissent ainsi chaque fois une nouvelle marche spirituelle, ils font reculer les forces de la matière et se fortifier en eux les forces de l’esprit. Ceux-là, oui, mortels sous leur armure mais éternels dans leur âme, de petites morts en renaissances, s’ouvrent les portes de la vie. Pour eux, en fin de compte oui, l’existence aura eu un sens.
Le poète jamais ne peut donc dire : « à quoi bon ? » Son hyper sensibilité l’expose sans doute plus douloureusement que quiconque aux tourments de l’existence mais il peut puiser en lui-même, mieux que personne, force et vigueur et se hisser, à chaque épreuve, un peu plus haut, de l’existence vers la vie. C’est en cela que l’existence, pour le poète, aura toujours un sens.

                                                                                                                                                                      Vital Heurtebize

L'Arbre

Aux bords de mon sommeil, souvent je vois en rêve,
puissant, majestueux, un arbre : le front vert
de son feuillage sur un ciel bleu grand ouvert,
ses racines dans le roc noir puisant la sève...

Solitaire, il est là, dans le jour qui se lève,
dominant alentour, jusqu’au diable vauvert...
Je suis seul à savoir pourtant, qu’il est couvert
de dorges, si nombreux sur son tronc, qu’il en crève !

Ainsi, devant cet arbre immense qui se meurt,
sa force de géant blessée au moindre heurt,
je reconnais qu’il est aussi ta créature :

Il vient me rappeler l’homme des derniers jours
marchant vers Toi, de son destin suivant le cours,
éternel en son âme, et mortel sous l’armure...

« Un temps d'éternité » Éditions La Nouvelle Pléiade



 



                     





 


                                                                                                                                 
                                                                                                                                             



 

            












         

 





 



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