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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


   Le Poète, le malheur et le bonheur. (L'Étrave n° 251)

Notre existence se partage entre ce que nous pensons être une fatalité, le malheur, et ce que nous pensons avoir découvert, le bonheur. Un peu de réflexion nous amène très vite à constater, que le malheur n’existe pas, pas plus que n’existe ce bonheur-là. Ce sont pures inventions de l’homme qui prennent toute leur part dans la construction de ce qui n’est rien d’autre que notre existence.

Lorsque nous frappe l’adversité, notre première réaction est de nous plaindre, de pleurer sur nous-mêmes et de nous révolter contre le sort qui nous accable. Nous sommes alors prisonniers de notre mental. Nous fabriquons ainsi mentalement la douleur que nous attribuons au mauvais coup du sort. Et de nous répandre en imprécations, croyants ou athées, contre la soi-disant clémence divine ou contre l’injuste Destin ! La rancœur n’est alors pas loin de nous envahir et la haine de nous ronger. Mais élevons-nous bien au-dessus de ces misères : faisons le vide mental afin de mobiliser toutes les énergies positives de notre profond ressenti. Et les douleurs, qu’elles soient physiques ou morales, s’affaiblissent, s’estompent, disparaissent. La sérénité nous gagne, nous tournons notre regard vers la lumière qui est en nous, nous trouvons la paix.

Lorsque la fortune nous sourit, nous cédons aussitôt à la joie et nous exultons de bonheur... Croyons-nous ! Nous sommes en fait à nouveau prisonniers et cette fois, de notre affect ! Comme nous sommes capables de fabriquer le malheur, nous sommes prompts à confondre le moindre instant de plaisir avec le bonheur. Elevons-nous au-dessus de ces plaisirs éphémères et de même que nous avons su nous abstraire de la douleur, sachons profiter, certes, de ces oasis de joie surgies dans le désert de notre existence, mais gardons notre conscience bien ancrée au tréfonds de nous-mêmes. Nous comprenons alors que le bonheur est tout autre.

Le bonheur n’est pas de ce monde ! il réside en ces Hauts-Lieux où souffle l’Esprit. Le poète l’a dit : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. » Le silence y règne mais un silence parfumé de voix et bercé de musiques, on y respire au souffle de l’univers. Chacun peut y atteindre et nous, poètes, mieux que quiconque : nous avons ce privilège de nous enlever vers ces lieux à la fois infinis et tout proches de nous, chaque fois que nous composons un poème. Nous sommes alors dans un état de grâce qui nous rapproche du divin : le véritable bonheur !

Ecrire un poème, c’est se libérer des entraves de ce monde et atteindre à la lumière qui est en nous. Nous sentons bien lorsque nous écrivons, amis poètes, que s’opère en nous, chaque fois, une profonde alchimie du corps et de l’esprit qui fait que nous ne sommes plus nous-mêmes ou plutôt, que nous redevenons un instant, le temps du poème, ce que nous sommes vraiment. Ecrire un poème, c’est tout à la fois nous arracher au malheur de l’existence et accéder au bonheur de la vie.


                                                                 La lumière blanche 

Au balcon de la nuit, chaque soir, je me penche
et, chaque soir, je suis saisi du même émoi :
Je retrouve aussitôt cette lumière blanche,
et vive, et qui m’attend, et n’est là que pour moi !

 Car elle là, fidèle, à ma vie attachée
comme autour de mon corps une écharpe sans fin
qui me relie à mon existence passée
et m’entraine vers l’autre inscrite à mon destin

 Et je suis là comme tulipe sur sa tige
que balancent des vents venus de nulle part.
Le vide sidéral me donne le vertige
et le froid perce sous mes haillons de vieillard...

 Cette lumière est-elle blanche ? je l’ignore !
je parle à l’infini ma langue de nabot
Est-elle vive ? elle est je crois bien plus encore !
mais pour le dire, hélas,  je n’ai pas d’autre mot

 Mais je sais qu’elle est là, pour moi, sans aucun doute,
elle franchit d’un trait les mondes inouïs,
elle trace pour moi, dans l’univers, ma route
vers l’Ultime qui s’ouvre à mes yeux éblouis ...

C’est ainsi chaque soir, cette lumière, blanche
et vive, me saisit et m’attache à ses pas :
il suffit qu’au balcon de la nuit je me penche...
Un soir je partirai mais ne reviendrai pas.

                                                V.H.

 



 



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