Page précédente

Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


   Le Poète, et la modestie. (L'Étrave n° 252)

J’ai tous les défauts que l’être humain peut cultiver dans son jardin de ronces, et même plus ! je renonce à en faire la liste pour économiser des hectolitres d’encre et des tonnes de papier, mais il en est un que j’essaie de ne pas avoir : une trop haute opinion de ma personne. Je ne sais plus qui a dit : » je vaux tous les autres et tous les autres me valent... » La formule m’a toujours plu !
J’assistais ce jour-là, à une scène plutôt comique. Un Monsieur était entré en curieux au siège d’une Société de Poètes jadis de belle renommée. Le président dernier arrivé mais ne voulant pas passer pour le premier venu, accourt et demande : « puis-je faire quelque chose pour vous ? » - « Oui, réponds le visiteur, je voudrais me procurer un très bon livre de poésie... ». Notre président, sans l’ombre d’une hésitation, se précipite sur les rayons et en revient avec deux livres à la main... les siens ! J’ai dit comique ? j’aurais dû plutôt dire grotesque et même minable.

Je pense souvent à ce que m’avait confié le Révérend Père Carré, de l’Académie française : « Si tous les hommes pouvaient prendre conscience du peu que nous sommes dans ce vaste univers, du peu qu’est notre existence dans l’éternité de la vie, assurément ils seraient plus modestes dans leurs ambitions, plus raisonnables dans leur soif de pouvoir, plus modérés dans leur course à la gloriole »
Rien n’est plus triste que de voir un poète se contorsionner en jouant des coudes pour atteindre les premières places, que dis-je, LA première place, croit-il ! Et de se gargariser de sa valeur incomparable, sauf à lui-même, et de tenter d’abaisser par tous les procédés, parfois les plus ignobles, tel qui à ses yeux lui faisait ombre ou tel autre qui risquait de lui en faire... Le pauvre homme ! il retombe bientôt dans le marigot d’où il venait.. Sic transit « gloriola » mundi !

En poésie ? non ? est-ce Dieu possible ? Hélas oui, chers amis, c’est même très fréquent. Après bientôt soixante dix ans de poésie, tous mes vieux registres sont pleins de noms de poètes autoproclamés génies du siècle, aujourd’hui totalement oubliés.
Mais hélas aussi, de noms de poètes vrais, qui ont œuvré silencieusement en toute modestie et que la postérité n’a pas pour autant consacrés. Qui se souvient d’un Roland Le Cordier ? d’un Bernard Aurore ? et j’en passe...On a même déjà oublié ce bon Jacques Charpentreau....qui furent tous de grands serviteurs de la poésie.

Sachons-le : le destin du poète est de servir la poésie, non de s’en servir.

Alors, amis poètes, continuons d’agir en simples « oeuvriers », sachons polir notre pierre : elle ne sera jamais assez parfaite pour s’insérer harmonieusement dans la construction de l’édifice, d’autres devront la reprendre et la polir à leur tour. Ce qui est important, c’est le Grand Œuvre et ce qui fait notre grandeur, c’est de travailler
à son achèvement sachant qu’il ne sera jamais achevé.


Le poète au miroir


Miroir ! tu te devrais d’être moins complaisant !
Quand le poète, soir et matin, se contemple,
ne plus lui refléter un air compatissant
Mais plutôt son faciès qui n’a rien d’un exemple,

Car le poète, hélas ! a d’urgence besoin
qu’on lui rende surtout, trait pour trait, son visage
alors qu’il s’évertue et qu’il met tant de soin,
ce faussaire ! à se peindre en homme fort et sage.

Il célèbre l’amour à longueur de sonnets
mais il ne se complaît qu’en l’amour de lui-même ...
et des gages d’amour qu’il n’a jamais donnés
il attend en retour, qu’on l’admire, qu’on l’aime !

Sans lui, la poésie aurait depuis longtemps
disparu !...  Par ta faute, il s’est pris pour son maître !.
Miroir, sauras-tu dire à tous ces charlatans
que c’est à cause d’eux qu’elle va disparaître ?

Car les faussaires parmi nous sont trop nombreux
qui du matin jusques au soir devant leur glace
se confortent dans leur génie et prient pour eux
 d’être partout assis à la première place !

Miroir ! sois-nous fidèle, et reflète-nous tels
que tu nous vois, tel que je suis, tels que nous sommes
comme poètes vrais et non comme immortels,
avec notre idéal mais nos faiblesses d’hommes.

                                                       VH.

 





 



Informations Légales | ABC DEv. 1.6.8
Réalisé par  ABC IDEA
Contacter PSF - L'Etrave : Poètes sans FrontièresLocaliser PSF - L'Etrave : Poètes sans Frontières