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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


   Le Poète, 
l'existence et la vie.

 

Vous me demandez souvent, chers amis, quelle différence je semble faire entre l’existence et la vie. C’est que je ne « semble » pas, j’en fais vraiment une !... L’existence est pour moi ce passage que nous accomplissons sur terre, cette parenthèse qui s’ouvre à la naissance et se ferme avec la mort, ce temps de souffrances morales et physiques qui nous sont imposées. La vie, nous en avons un avant-goût, déjà au cours de l’existence même, quand nous surmontons ces multiples épreuves qui se présentent à nous, comme autant de « petites morts », jusqu’à l’épreuve finale.

À la naissance, nous sommes jetés dans l’existence. A-t-on jamais pensé que le cri poussé par l’enfant nouveau-né pouvait ne pas être seulement un cri de douleur provoqué par la première aspiration mais plutôt un cri de détresse à son arrivée en ce monde de matière, hostile et inhospitalier ? Nous naissons par la chair maternelle. Nos cellules vont se développer et nous doter d’intelligence (paraît-il !). Voilà qui est dit pour ce qui concerne le corps qui n’est que matière.
Mais nous naissons aussi par l’esprit, l’esprit est en nous dès notre naissance. Comment est-il venu là ? Je laisse à chacun sa réponse, j’ai la mienne. Y aurait-il dans le processus de fécondation une cellule spéciale porteuse de l’esprit qui se faufilerait parmi le flot des petits têtards jusqu’à la porte étroite où seul ne passera que le plus rapide ? ou bien cette cellule se trouvait-elle déjà dans la future mère en attendant l’arrivée de tout le monde pour faire la fête ? Dieu, j’allais dire ! Dieu seul le sait. Mais l’esprit est bien là, nul ne peut le nier.

Nous voici donc engagés dans l’existence porteurs de deux énergies essentielles. L’énergie de matière et l’énergie de l’esprit. Très rapidement la première s’impose et va se développer avec tous ses vices. L’énergie de l’esprit, elle, reste là, secrète et muette, elle n’attend que notre prise de conscience pour se manifester à son tour. Certains parmi les humanoïdes que nous sommes font très vite cette prise de conscience : ce sont les sages, les grands initiés. Mais pour la plupart d’entre nous, cette prise de conscience est plus ou moins longue à se produire, et l’énergie plus ou moins rapide à se développer.

L’existence est alors un combat dont l’homme est le champ de bataille, entre la matière et l’esprit. Nous avons certes notre libre arbitre et c’est à nous de choisir : ou laisser les forces de matière l’emporter, et ce serait, semble-t-il, ce qui se passe actuellement pour la majorité de l’humanité. Ou œuvrer à la victoire des forces de l’esprit en surmontant les épreuves de l’existence et en nous engageant chaque fois un peu plus sur le chemin de la vie. Chaque petite mort est une victoire de la vie sur l’existence.

Nous, poètes, avons cet immense privilège de pouvoir très tôt découvrir cette force de l’esprit car elle se manifeste au moment où, poussés par je ne saurais trop dire quelle volonté secrète, nous nous mettons à écrire un poème. Dès cet instant, nous ne sommes plus dans l’existence, nous sommes totalement dans la vie. Nous sommes en relation profondément intime avec l’esprit qui brûle en nous, les forces de matière n’ont plus prise sur nous.

Et qui de nous n’a jamais ressenti cet état de grâce qui s’est installé en nous presque à notre insu, lorsqu’après une dernière lecture du poème achevé, nous nous laissons glisser dans le bien-être physique et la sérénité spirituelle.

Un peu comme si nous étions sortis de la nuit pour émerger dans la lumière.


                              Ta voix

Comme l’enfant qui joue au jeu de cache-cache
en se couvrant les yeux pour ne pas être vu,
j’ai fait semblant de vivre afin que nul ne sache
que j’étais déjà mort !... Personne ne l’a su ...

Je n’ai fait qu’exister sous un nom de trouvère,
nourrissant dans mon cœur un poème divin.
Mais voici : l’heure vient, je n’en fais plus mystère,
d‘écrire au bas de page, un seul mot, le mot « Fin ».

Par trois fois à la mort j’ai donné la réplique
mais par trois fois, elle n’a pas voulu de moi :
Je devais m’acquitter de ma dette karmique
et de l’ordre établi ne pas rompre la loi...

La mort, comme on la nomme, est cet instant ultime
où quitter l’existence, échapper aux enfers,
pour entrer dans la vie, au cœur du temps sublime,
où je composerai les plus beaux de mes vers.

L’heure vient !... et déjà, je me surprends à vivre
ces instants d’infini qui n’ont pas d’autrefois
ni de futur... Là, j’écrirai  mon dernier livre,
qui fasse par le monde entendre enfin Ta voix !

                                                       Vital Heurtebize

 

 

 

 

 





 



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