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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.

 


Le Poète et l’euthanasie .  (L'Étrave n° 248)

         

Je veux mourir dignement !

Comme tout un chacun, je ne sais pas quelle sera ma mort bien que lui ayant échappé déjà deux fois : « C’était moins juste, deux minutes de plus c’était trop tard » m’ont confié les médecins. Justement, c’était moins juste, c’est-à-dire qu’il y a eu chaque fois un espoir de me sortir d’affaire, deux minutes où la fin semblait inéluctable mais deux minutes pendant lesquelles les docteurs ont tenté l’impossible. Merci toubibs !

Tant qu’il y a de la vie, dit-on, il y a de l’espoir. Et quel que soit ce bout de vie qui nous reste, serait-ce dans la pire des souffrances, il ne faut pas l’abréger, il n’appartient à personne, pas même au malade, d’y mettre fin. Je ne veux pas qu’on me pique comme une bête. Je veux mourir dignement.
La souffrance n’empêche pas la dignité dans la mort.
L’homme peut jusqu’à la dernière minute se grandir dans la souffrance, il doit voir venir sa mort en face et non à la sauvette pendant un sommeil artificiel dont on ne se réveille pas. Il faut qu’il sache affronter la réalité de l’existence jusqu’à son terme.
C’est au médecin seul de dire si, tous les soins épuisés, il ne reste plus rien à envisager d’autre que l’issue finale. Et à ce stade, seule compte sa parole, il est seul à décider. Mais à décider quoi ? d’abréger les souffrances de son malade par une dose de sérum létal, en remplaçant la mort naturelle par le recours à l’euthanasie ? certainement pas ! Mais arrêter les soins devenus inopérants, laisser le malade s’en aller sans le précipiter, lui permettre d’en finir dignement avec l’existence pour entrer dans la vie.

Encore faut-il que les médecins soient à la hauteur de leur responsabilité !
L’exemple le plus actuel est celui de Vincent Lambert, connu de tous. Voici ce que nous en dit le Professeur Joyeux : « Il est aujourd’hui en danger, plus du fait de la médecine (certains médecins refuseraient de le nourrir pour le laisser mourir) que de son propre état de santé. Il n’est même pas sûr qu’il soit dans le coma, d’autant qu’il n’a pas besoin d’assistance respiratoire, rénale ou cardiaque. Il est plus que probable que son cerveau fabrique, jour après jour, des neurones nouveaux jusqu’à ce qu’ils atteignent un certain seuil, permettant d’accroître ses réactions. Dans cet état, nul doute que la régénération neuronale est à l’œuvre. Il est pourtant enfermé depuis 4 ans dans des conditions indignes de la médecine et du serment d’Hippocrate. Un certain nombre de médecins en recherche médiatique, qui ne connaissent rien de son état, veulent le faire mourir, manipulant une partie de sa famille.
Pratiquer l’euthanasie sur sa personne serait un meurtre. »

Au moment où j’écris ces mots, chers amis, je me doute bien que vous ne serez pas tous d’accord avec moi. Peut-être même vais-je blesser certains d’entre vous. Ce n’est pas mon intention. Je ne fais qu’en appeler à notre conscience de poète : nous célébrons la vie à longueur de poèmes, parce que nous sommes convaincus qu’au delà de l’existence, il y a la vie, parce que nous avons déjà vécu au cours de notre existence de ces éclats de vie qui nous ont confortés dans nos convictions. Oui, nous célébrons cette vie qui est amour, partage, justice et paix... cette vie vers laquelle tendent tous nos efforts à tous les instants douloureux de notre existence.

Alors, ne nous privons pas d’un seul instant de l’existence, même et surtout si ce sont les derniers : assumons-les jusqu’à notre ultime souffrance... dignement !



                 Selon mon choix

Si la mort ne m’a pas en ces temps pris pour cible
et s’il faut vivre encore au milieu des gisants,
accorde-moi d’aller au-delà du possible,
de manger le pain noir de mes quatre-vingts ans...

Si nous sommes liés à ce monde visible
et de notre vécu nos propres artisans,
laisse-moi décider, l’âme forte et paisible,
de l’heure où je fuirai ces lieux agonisants.

Certes, pourquoi forcer le corps jusqu’à la lie !
Je ne demande pas ces faux-semblants de vie
qu’on fait subir aux moribonds à qui l’on ment.

Mais quelque soit le jour, qu’il soleille ou qu’il neige,
accorde-moi comme un ultime privilège,
le droit, selon mon choix, de mourir dignement.

                                                                                                                                         V.H.

                                                      




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