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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.

 


Le Poète et le huitième roi . (L'Étrave n° 249)

        

La Prophétie, pour ceux qui y croient, et j’en suis, comme pour ceux qui n’y croient pas, annonçait que « sur les sept rois attendus, le septième arrivait ». Ce qui, en clair, signifiait qu’un septième système de choses allait survenir. Nous étions au temps de la Rome antique, toute puissante ! Rome allait tomber, elle est tombée depuis longtemps et nous subissons aujourd’hui le règne de ce septième roi : nous vivons vraiment et depuis plus de deux mille ans dans ce septième système de choses qui lui aussi, s’il n’est pas encore mort, est plongé dans une agonie bien avancée...

L’homme s’est laissé entraîner dans une spirale mortelle que l’on a eu l’ironie ou l’hypocrisie de faire passer pour une ère de bonheur, un temps béni, celui de la... consommation ! Elle atteint aujourd’hui son paroxysme...Tout s’est mis en place pour que nous tombions dans le piège : la publicité ébouriffée qui, sous toutes ses formes, vingt fois par jour, nous incite à jeter le dernier objet de consommation pourtant encore valide et à le remplacer par un nouveau bien plus performant. La technologie suit le mouvement : il paraît que l’ordinateur dont nous nous servons présentement a été conçu et fabriqué pour être obligatoirement remplacé par un neuf dans cinq ans. Les appétits individuels sont mis à contribution : de quelle année date votre voiture ? pourquoi ne pas en changer pour le nouveau modèle plus séduisant ? Et la production a suivi, dans tous les domaines, y compris celui de l’agriculture où il a fallu toujours et toujours plus de blé, plus de lait, plus de... Le paysan cultivant son champ, c’est fini : il est devenu un producteur condamné à produire de plus en plus en espérant gagner plus, pour le consommateur entraîné pour ne pas dire condamné à consommer de plus en plus et pour le plus grand bonheur des financiers qui empochent toujours plus...

On en voit aujourd’hui les effets catastrophiques.

Tout ça au nom de quoi ? quel est ce « septième roi » qui nous a poussés dans cette spirale, quel dieu des temps modernes nous y tient prisonniers ?
                                                                                          L’ARGENT !
Nous avons commis l’erreur fatale de soumettre la noble beauté de la planète à la vulgarité de la finance. Nous sommes redevenus des adorateurs du « Veau d’or » pour autant que nous puissions croire en être jamais sortis. L’argent, seule valeur phare, seul étalon, seul critère auquel se réfère toute évaluation : on ne demande plus « Qui es-tu ? » on demande   « Combien tu gagnes ? ». Le meilleur d’entre nous n’est pas celui qui brille et réussit par son talent et par son savoir faire, c’est celui qui gagne plus que le voisin et qui amasse fortune. Pas toujours de façon honnête, qu’importe ! À lui tous les honneurs !
Et l’on constate tous les jours les méfaits de cette course à l’argent. Il y a ceux qui ne courent pas assez vite ou qui ne savent même pas courir du tout : ils sont abandonnés sur le bord de la route. Il y a ceux qui courent toute leur vie après un salaire de misère : ils quitteront le monde du travail nantis, les veinards ! d’une retraite ridicule qu’on leur chipotera. Il y a ceux qui ont couru assez vite, se sont constitués un petit pactole : « la classe moyenne » les appelle-t-on, « bêtes à impôt » serait plus conforme à la réalité, taillables à merci. Et enfin, il y a ceux qui ont su ou pu courir plus vite que tous les autres, mieux vaut parfois ne pas dire comment... qui ont amassé fortune mais en veulent toujours plus. Et tout ce peuple de chanter en chœur : « Liberté, égalité, fraternité » dans un émouvant semblant de sentiment national !
Mais voilà ! ce qui devait arriver arrive : un tel système de choses ne pouvait durer éternellement, le déclin est commencé depuis longtemps, le bel équilibre entre ceux qui meurent de faim et ceux qui meurent d’indigestion ne tient plus, le Géant aux pieds d’argile s’effondre ! le septième Roi se meurt, il est bientôt mort.
La Prophétie n’a pas vu assez loin, elle n’a pas dit qu’un huitième Roi serait attendu, qu’un nouveau système de choses serait à construire.
On ne sait pas non plus si ce changement de système se fera dans l’intelligence du cœur ou dans la violence aveugle, mais il se fera, il ne pourra pas ne pas se faire. Ceux qui en seront les acteurs, et les poètes vrais au premier rang, devront ne rien laisser survivre d’un passé honni. Il faudra tout brûler dans un immense brasier purificateur afin de ne laisser place qu’à un monde nouveau de partage, de fraternité, de paix sur la terre et d’amour entre les hommes. Et ça, nul n’est besoin de la prophétie pour y croire...



Serment de poète 

Lorsque ma ville se corrompt, lorsque les pelles
enfournent par monceaux les rats morts à l’égout
et quand l’homme repu prend ses airs de dégoût
en croisant le clochard dont tintent les gamelles,

pour toi, j’accomplirai toutes choses nouvelles :
Je serai ton sicaire et quel qu’en soit le coût...
Pour les breloques d’or, je n’ai plus aucun goût,
mais s’il le faut, je m’en fabriquerai de belles !

Vienne ton feu ! qu’il passe et qu’il ne laisse rien !...
Je veux être ce feu dévastateur : le tien !
Ordonne qu’à mon bras s’allume cette branche :

Je saurai partager le mal d’avec le bien,
et ferai que pour toi, chaque jour soit dimanche...
Lorsque tu reviendras, ta route sera blanche.

                                                                            V.H.


et voici la réponse de notre ami poète Serge Feneuille  le 27 janvier 2019


            Ami, ne cherche pas...

                                       à Vital Heurtebize

 

Ami, ne cherche pas à transformer le monde.
D'autres ont essayé de mettre sur la Terre
Plus de fraternité, mais, vois, misère et guerres
Depuis plus de cent ans nous font vivre l'immonde.

Aimons notre prochain quelques lieues à la ronde.
Essayons de l'aider en lui portant un verre
S'il nous dit qu'il a soif, des produits de nos terres
S'il nous dit qu'il a faim, et si l'orage gronde

En lui offrant un toit. Nos cœurs sont trop petits
Nos âmes trop fragiles, nos corps trop mal bâtis
Pour aimer comme il faut toute l'humanité,

Acceptons comme un don notre fragilité.
Aidons le Créateur mais à notre mesure
Et laissons-lui l'amour de toute créature.

                                           Serge Feneuille

 

 








                                                                                                                                

                                                      




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