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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :

« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.

Le poète et la tolérance
La tolérance me semble devoir être sinon la première du moins l’une des principales vertus vers laquelle tout poète devrait tendre. Ce disant je ne confonds pas la tolérance et le laxisme qui consiste à tout accepter sans discernement. La tolérance, c’est comprendre et respecter une opinion contraire à la nôtre, une façon d’agir différente de celle que nous adopterions nous-mêmes, dès l’instant que l’on se tient dans les voies de la pensée humaniste et non d’une pensée extrémiste quelle qu’elle soit. En écrivant ces quelques lignes, mes amis poètes, j’ai conscience de ne rien vous apprendre et d’enfoncer une porte ouverte. Pardonnez-moi.
Je voulais surtout vous dire tout ce que la Tolérance m’a permis d’acquérir sur le chemin qui nous conduit de l’existence vers la vie. Car j’ai tout appris des autres. Et dans tous les domaines. Je me limiterai à celui de la poésie.
Je devrais déjà vous dire que j’ai honte de mes débuts. Je suis entré très jeune en poésie comme aurait dit Cocteau, à l’âge de onze ou douze ans, sur les bancs de sixième ou cinquième au lycée. Et j’eus la chance d’avoir pour professeur, un père poète lui-même, parnassien, ami de poètes connus à l’époque et restés illustres aujourd’hui. Ce père m’a tout de suite enseigné les règles de l’art poétique selon Auguste Dorchain son ami, et fort de cet apprentissage, je me suis cru parvenu au pinacle. Et me voilà parti dans le grand monde...
Ce fut un flop lamentable !
Mes trois premiers essais connurent l’indifférence générale. Aucun de mes trois premiers magnifiques recueils (!) n’avait éveillé le moindre intérêt chez ces messieurs de l’Olympe. Sauf le troisième intitulé : « Le testament du bouffon ». Le bouffon c’était moi – pour une fois, je voyais juste ! - et c’était mon testament. Le titre fit commettre à un directeur de revue, « La Revue moderne » un trait d’esprit dont on ne se remet pas : « Le titre, écrivit-il, semble indiquer que le bouffon est mort, paix à ses cendres ! » (sic) C’était court et direct comme un coup de poing. Ce Monsieur avait pour nom : Gaston Bourgeois.
Piqué au vif, j’essayai d’entrer en contact avec lui, et il eut la gentillesse de me recevoir. On allait voir ce qu’on allait voir ! On a vu ! De notre conversation, je suis sorti complètement retourné, changé. Changé en quoi, je me le demande encore aujourd’hui. Gaston Bourgeois et moi sommes devenus de grands amis.
Mon chemin de poésie fut dès lors jalonné de ce que l’on pense être des réussites, qui n’étaient qu’un pas de plus sur notre route difficile, et chaque fois de belles rencontres m’ont poussé à plus de modestie. Les femmes et les hommes de haute valeur dans leur discipline artistique se sont chaque fois révélés être d’une incomparable humilité, ouverts, attentifs et respectueux de mes pauvres opinions : le grand Maurice Druon, la fervente Marie-Noël, l’impétueux Jean Marais, l’affectueuse Andrée Chedid, et même le prince Jean Cocteau – je ne peux les citer tous ! – jusqu’à Maurice Carême, si bon et plein d’humour.... Le dernier à m’avoir « supporté », dans tous les sens du terme, fut cet adorable Jacques Charpentreau : des heures et des heures passées ensemble à refaire le monde ! chacun à notre idée ...
Tous, absolument tous, se sont montrés avec moi d’une impensable tolérance qui les rendait à mes yeux plus grands encore.
C’est ainsi, à leur exemple, que j’ai appris la tolérance : comment accepter l’autre et m’enrichir de ses différences avec cette espérance que lui-même s’enrichisse des miennes. Je n’ai jamais pu oublier cette rencontre avec le Révérend Père Carré : il venait de me proposer, à moi ! de me présenter à ... l’Académie française ! et devant mon ébahissement, d’ajouter : « soyez convaincu que vous valez tous les autres et que tous les autres vous valent ». Belle sentence ! Je n’ai pas ambitionné l’habit vert, bien évidemment ! il faut savoir parfois s’éviter des claques ... Mais j’ai retenu la sentence. Enfin ...  Je l’espère 

                                                                                                                                   Vital Heurtebize

              

  Die Gedanken sind frei

Au long de mes combats, je n'ai jamais trahi
car je suis resté ferme et fidèle à moi-même
jusqu’à ... ces derniers jours ! Et jamais mon poème
n'a changé de discours ... Si certains m'ont haï,

c'est pour avoir, à tort, fait sur moi le pari
de pouvoir m'entraîner par quelque stratagème
à partager ce qui n'était que leur problème ...
C'en fut assez pour me clouer au pilori !

Mais rien ne vaut de garder libre ma parole :
elle va, elle vient, elle court, elle vole,
en affichant cette fierté de samouraï ...

 Et je chante toujours, sans céder au snobisme,
ce que chantait mon frère Heinz en plein nazisme,
qu'il paya de sa mort : « Die Gedanken sind frei » *

 * Les pensées sont libres

     VH

         

 





 



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