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Lettre à nos amis

Lettre à nos amis - éditorial de Vital Heurtebize - Président de Poètes Sans Frontières

                                                       Lettre à nos amis 


Chaque numéro de L’Étrave s’ouvre sur un éditorial du président Vital Heurtebize :
« la Lettre à nos amis »  traite d’un sujet d’actualité et de l’attitude du poète face à cette actualité. Vous en découvrirez chaque fois la pertinence voire l’impertinence ! et pourrez faire part de vos sentiments en retour.

À L’Étrave, nous sommes très soucieux pour tout ce qui relève de la liberté d’expression.


               Le Poète et la fidélité . (L'Étrave n° 250)

Voilà bien 250 fois que je viens vous ennuyer avec mes états d’âme et que vous me faites l’amitié de me lire ! N’est-ce pas déjà-là une belle preuve de fidélité réciproque ? Certes, en plus de 60 ans, nous avons connu de nombreux abandons de poètes, partis vers d’autres lieux qu’ils ont cru plus propices à leurs intérêts personnels. Que sont ces amis devenus ? aurait dit Rutebeuf. Ils ont disparu des écrans radars. Et puis il y a ceux qui nous ont quittés malheureusement mais pour rejoindre l’Orient éternel : leur souvenir reste fidèlement ancré dans notre mémoire. Mais je veux ici retenir votre immense majorité qui, contre vents et marées, nous a fidèlement soutenus et nous soutient encore. Je pense aussi aux nouveaux membres, jeunes ou moins jeunes, qui s’engagent à nos côtés : J’espère et je souhaite conserver leur fidèle amitié et la mériter en restant fidèle à moi-même, à notre idéal humaniste.

Car ce qui fait notre force, c’est bien cette totale adhésion des uns et des autres à notre idéal humaniste, ciment de notre fidélité en poésie et en amitié !
Notre société civile, tournée vers le profit à outrance et à n’importe quel prix, a perdu toute notion de fidélité. Il est vrai qu’elle a perdu tout sens de l‘honneur. Elle court vers les princes du moment lesquels ne durent pas : l’un chassant l’autre, leurs thuriféraires n’ont que le fossé de la honte à franchir pour courir se prosterner devant le nouveau maître.
Le poète vrai, lui, ne trahit pas, en restant tout d’abord fidèle à lui-même, à sa parole, à son honneur. Quitte à s’attirer l’opprobre de ceux qui l’ont trahi, quitte à y perdre sa liberté ou même sa vie. Nombreux sont les exemples actuels qui en témoignent, de poètes incarcérés, torturés, assassinés sous les prétextes les plus fallacieux, jamais pour le seul vrai motif, le crime d’être poètes, fidèles à notre idéal humaniste.
Un bel exemple me vient tout normalement à l’esprit : Victor Hugo ! De son vivant, que ne l’a-t-on accusé de trahison ! Pensez donc : passé de la Monarchie à l’Empire et de l’Empire à la République. Tout ce monde qui le célèbre aujourd’hui, et de tous bords, s’accorderait à l’accabler des mêmes insultes s’il était encore là. Et pourtant, il n’a fait que proclamer les mêmes idées tout au long de sa vie littéraire et politique, son idéal humaniste n’a jamais changé : ce sont les régimes qui ont changé, les nouveaux entraînant pour une quasi-totalité, l’adhésion, je dirais mieux, la lâche soumission des girouettes prêtes à tourner avec le vent. Pas Victor Hugo, pas lui, jusqu’à subir le bannissement. Victor Hugo, le roc dans la tempête, fidèle à lui-même dans le tourbillon des trahisons.
Très souvent, trop souvent, ce sont les Ganelons de tout poil et de tout crin qui croient se disculper en accusant de trahison ceux-là mêmes qu'ils ont trahis : ils auraient tort de se gêner ! plus l’hameçon est gros, mieux il attrape...
Relisons sans cesse l’œuvre de Victor Hugo : elle est l’exemple de l’honnête homme resté toute sa vie fidèle à son idéal.
Oui ! notre fidélité, toute notre fidélité ! si nous voulons un jour d’une société reconstruite sur l’amour, l’amour universel qui est partage, don de soi, tolérance et fraternité. Notre poésie est à coup sûr l’expression de notre fidélité d’une part à nous-mêmes, d’autre part à notre tradition poétique, l’humanisme.


Où sont partis ?...

Tous ces poètes que naguère j’ai connus,
des bruns, des blonds, plus ou moins grands, des gros, des maigres,
qui sont partis et jamais ne sont revenus ?...
Partis sur des propos envers moi plutôt aigres:

Me jetant à la face, un... mot, et s’en allant,
après m’avoir longtemps vénéré comme un maître,
avec mépris, ils m’ont privé de leur talent
que je n’avais pas su, selon eux, reconnaître...

J’aurais dû jusqu’au sang me ronger chaque fois:
Mais à quoi bon ! pourquoi m’en faire autant de bile ?
Aurais-je dû trouver plus de charme à leur voix ?
Il est vrai qu’à flatter je ne suis guère habile !

Ils sont partis, je me suis fait une raison :
Qu’y faire ? Ils sont partis, l’orgueil en bandoulière.
En amitié, l’orgueil est le pire poison,
Ils sont partis briller sous une autre bannière... 

    Vital Heurtebize

 

                                                                                                                        

                                                      






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